2016_06: ".....cette histoire là....."

Publié le 2 Juin 2016

2016_06: ".....cette histoire là....."

C'est le titre d'un roman d'Alessandro Baricco, que j'ai lu , il y a déjà quelques temps, et que j'ai bien aimé. Ci dessous, un petit extrait , pour vous mettre éventuellement en appétit.

L'histoire démarre en 1903 avec le début des courses automobiles, elle raconte la relation d'un fils avec son père (un petit bonhomme italien), qui fasciné par ces bolides devient pilote de course. Ou, comment naissent les vocations! Puis l'histoire se poursuit avec la vie du fils qui grandit, la guerre de 14, sa façon de comprendre la vie, ( de trés belles pages écrites sur l'absurdité de la guerre) et enfin , je trouve qu'elle se perd un peu (l'histoire) dans les méandre de la construction d'un circuit automobile hypothétique en Angleterre , ...

Ce qui m'a accroché dans ce roman, c'est cette relation père_fils avec un père qui est "mécanicien" ...en quelque sorte....!

et les pages sur la retraite italienne pendant la guerre de 14, ...terrible!

Et puis , il y a 15 jours, nous sommes passé devant une exposition de vieux bolides de course, et je suis instantanément retombé dans "cette histoire là". alors voilà quelques photos de "vieilles belles" aux courbes magnifiques et aux couleurs rutilantes.

2016_06: ".....cette histoire là....."
2016_06: ".....cette histoire là....."
2016_06: ".....cette histoire là....."
2016_06: ".....cette histoire là....."
2016_06: ".....cette histoire là....."

Ci dessous, extrait de "cette histoire là" de Alessandro BARICCO

….Dans les jardins du roi, à pâturer dans la nuit, paisibles pour le moment, sous les carcasses
de fer, autour de leur coeur de pistons, les attendaient 224 AUTOMOBILES , arrêtées sur
l’herbe, dans une vague odeur d’huile et de gloire. Elles étaient là pour disputer la grande
course, de Paris à Madrid, à travers l’Europe, depuis les brouillards jusqu’au soleil. Laissemoi
aller voir le rêve, la vitesse, le miracle, ne m’arrête pas avec ce regard triste, laissemoi
cette nuit vivre là-bas sur le bord du monde, cette nuit seulement, après je reviendrai Des
jardins de Versailles, madame * 1 , s’élance la course des rêves, madame *, Panhard-
Levassor, 70 chevaux, 4 cylindres en acier perforé, comme les canons, madame * Les
AUTOMOBILES, elles pouvaient aller jusqu’à 140 kilomètres à l’heure, arrachés à des routes
de terre et de nids-de-poule, contre toute 13 logique et bon sens, en un temps où les trains, sur
l’étincelante sécurité des rails, arrivaient difficilement à 120. Tellement qu’en ce temps-là ils
étaient certains — certains — qu’un être humain ne pouvait pas aller plus vite : là était la
limite ultime, et là était le bord du monde. Ceci explique comment il fut possible que cent
mille personnes aient débouché de la gare de Versailles, à trois heures du matin, dans la tiède
nuit de mai, laisse-moi aller vivre là-bas, sur le bord du monde, cette nuit seulement, je t’en
supplie, après je reviendrai Si une seule d’entre elles remontait la route dans la campagne, ils
couraient à perdre haleine au milieu des blés pour aller à la rencontre de ce nuage de
poussière, et jaillissant des arrière-boutiques ils couraient comme des enfants pour en voir une
passer devant l’église, en hochant la tête. Mais 224 à la fois, c’était un pur émerveillement.
Les plus rapides, les plus lourdes, les plus célèbres. Elles étaient des reines —
L’AUTOMOBILE était une reine, car elle n’avait pas encore été pensée servante, elle était
née reine, et la course était son trône, sa couronne, les automobiles ça n’existait pas, pas
encore, il n’y avait que des REINES , viens les voir à Versailles, en cette tiède nuit de mai,
Paris mille neuf cent trois. Pour partir elles attendirent l’aube. Puis, avec ordre, elles prirent la
route pour Madrid. Le règlement prescrivait qu’elles partent à une minute 14 d’intervalle
l’une de l’autre. Le parcours avait été dessiné en trois étapes : l’addition des temps désignerait
le vainqueur. Il y avait aussi des motocyclettes : mais ce n’était pas pareil. L’auto devant toi
était un nuage de poussière parti un rien avant. Quand tu entrais dans l’épaisseur du nuage, tu
la savais à ta portée. Tu ne la voyais pas, mais tu savais qu’elle était là. Alors tu te jetais làdedans,
à l’aveuglette. Ça pouvait durer comme ça des kilomètres. Quand enfin tu voyais son
dos, tu commençais à hurler, pour demander le passage. Tu restais dans cette poussière
aveugle jusqu’à ce que tu arrives à sa hauteur et que tu pousses ton museau devant le sien.
Alors le nuage s’ouvrait et tu recommençais à voir ce qu’il y avait devant. Tout ce qui
surgirait à présent était pour toi, tu l’avais mérité avec cette folie du dépassement, et
maintenant ça t’attendait. Un virage en coude, le goulet d’un pont, l’extase d’une ligne droite
entre les peupliers. Les roues caoutchoutées frôlaient des fossés, des bornes, des parapets et
les visages ébahis d’un public incrédule. Inimaginable, qu’on puisse en sortir vivant. Quant
aux Espagnols, là-bas à Madrid, ils attendaient l’arrivée de la course pour le lendemain matin,
à l’aube. Dans le doute, ils décidèrent de profiter de la nuit — en dansant. Les cheveux bien
séparés comme des sillons de blé qui brillent sur la colline de ma cabeza, je suis le chef de
rang de cette tablée qui compte maintenant 224 couverts, autant qu’en a voulu le roi, sous le
grand dais bleu, de cette Espagne mille neuf cent trois. Face à la banderole de l’arrivée, ces
miroitements de cristal et d’argent. L’une après l’autre j’ai essuyé 15 toutes les coupes de
cristal, et je recommencerai dans quelques heures, pour enlever l’humidité du matin. J’ai
promis qu’elles tinteraient parfaites au rugissement des automobiles reines — et c’est
pourquoi je fais arroser les cent derniers mètres de route à intervalles réguliers, toutes les deux
heures et demie. Pas de poussière sur mon cristal, hombre Donne-moi les lèvres des
demoiselles qui se poseront sur ce cristal, donne-moi leur souffle qui le voilera de buée —
donnemoi le battement de leur coeur quand elles essaient leur robe, en ce moment même,
devant des miroirs espagnols que je jalouserai toute ma vie Alors que déjà les premières
automobiles arrivent à Chartres. À l’entrée des villes elles freinent et, au pas, escortées par
des commissaires de course à bicyclette, elles traversent l’agglomération, comme des bêtes à
la longe. Frémissantes encore de la course tout juste interrompue, elles avaient l’odeur lourde
des choses qui sont advenues. Les pilotes en profitaient pour boire, et nettoyer leurs lunettes.
Ceux qui roulaient avec un mécanicien à bord, dans les automobiles les plus grosses,
échangeaient avec lui quelques mots. Dans la banlieue, le commissaire à bicyclette s’écartait,
et les moteurs recommençaient à gronder vers la campagne. Le premier à arriver à Chartres
fut Louis Renault. À Chartres il y avait la cathédrale, et dans la cathédrale il y avait les
vitraux. Dans les vitraux il y avait le ciel…….


Rédigé par gadorce

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